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Séparation, perte et deuil : l’hypnose comme solution efficace d’accompagnement. Partie1.

Dernière mise à jour : 12 déc. 2022

Marjorie Deleuze, Maître Praticienne en Hypnose Ericksonienne

Stella consulte car elle veut arrêter de fumer, cette habitude qui lui gâche la vie depuis près de 20 ans. Lors de l’entretien préliminaire à la séance d’hypnose, elle me confie les souffrances de son histoire personnelle qui justifient selon elle cette cigarette « doudou » : la violence d’un ex-mari alcoolique et son combat pour protéger son fils, la peur dans les yeux de son fils et le jour fatidique où il met fin à ses jours. Au quotidien, les hypnothérapeutes accompagnent des demandes qui pourraient de prime abord paraitre redondantes : perte de poids, arrêt de tabac, confiance en soi, anxiété, phobie... et pourtant ces demandes cachent des histoires de vie singulières, et aucune séance d’hypnose ne ressemble à la suivante. L’objectif premier amène souvent à travailler sur des souffrances relatives aux questions du deuil, de la perte ou de la séparation. Ce sont ces questions que nous allons aborder ici.


Nous pourrions envisager la mort dans son contexte le plus large, au sens de séparation et de fin : mort d’un être cher, d’un animal de compagnie, mais aussi la fin d’une relation amoureuse ou amicale, la fin d’une carrière professionnelle, l’impossibilité définitive de mettre en place un objectif ou de réaliser un rêve due à une maladie invalidante, la fin d’une addiction, la retraite, l’enfant qui quitte le domicile parental... Nous nous concentrerons ici sur la perte d’un être cher, même si les techniques abordées sont tout à fait transférables aux divers cas cités ci-dessus.


Christophe Fauré, psychiatre, caractérise ainsi les étapes du deuil :

- sidération,

- fuite et recherche de lien,

- prise de conscience de l’irréversibilité et déstructuration

- apaisement et restructuration.


La plupart du temps, la demande qui est faite aux hypnothérapeutes est d’accompagner la dernière étape, celle de l’apaisement après la prise de conscience, mais nous pouvons très bien accompagner dès la survenue de l’évènement. Il est néanmoins important de ne pas brûler les étapes et d’accompagner en conscience de ce processus. A l’aide d’une variété de protocoles, mais aussi d’un questionnement menant à des prises de conscience, l’hypnothérapeute peut amener de la consolation, rendre l’évènement plus tolérable, ramener de la joie de vivre et permettre la mise en route sur un nouveau chemin de vie, tout en gardant à l’esprit que les étapes du deuil ne se déroulent pas forcément de manière linéaire. Evelyne Josse, hypnothérapeute spécialiste de la question du deuil, utilise dans un entretien l’image de la marée montante, une progression lente ou rapide, faite d’avancées et de reculs successifs.


Lors de la phase de sidération, il ne s’agit pas d’apaiser mais plutôt d’interroger la recherche de lien et de faire prendre conscience des sentiments liés à cette sidération (colère, injustice, peur du vide et du changement...) pour pouvoir se sortir progressivement de cet état. La décharge émotionnelle ne doit pas être empêchée. L’un des clients que je suivais depuis quelques mois pour une gestion de ses émotions m’annonce un jour la mort violente et soudaine d’un ami très proche. Choc, sidération, incompréhension, il ne veut pas travailler en hypnose ce jour-là et décide juste de discuter, pour y voir clair. Je l’accompagne dans ce sens. Il s’agit ici, dans une optique plus solutionniste, de l’aider à passer cette étape par l’expression des émotions qui le traversent, mais aussi en venant couper le cycle infernal des pensées ruminantes liées à l’incompréhension et l’injustice. La séance suivante a lieu trois semaines plus tard, après les obsèques. Je lui propose du RITMO, technique de mouvements oculaires apparentée à l’EMDR, utilisée dans le retraitement des traumas. Nous travaillons à l’évacuation des sentiments d’impuissance et d’injustice pour avancer et tourner la page. La prise de conscience est engagée. L’accompagnement se poursuivra ensuite dans le sens de l’apaisement sur plusieurs mois.


Grâce à l’hypnose, nous pouvons réaliser symboliquement ce qui n’a pas pu être effectué dans la réalité. Dans cet espace réservé à l’imaginaire et à l’inconscient, peuvent se rejouer des scènes qui permettent au client de combler sa sensation d’inachevé. Nous pouvons par exemple travailler sur les visions choquantes et en modifier la perception. En ce sens, les séances d’hypnose permettent de lever des blocages et estomper progressivement les chagrins. Selon Evelyne Josse, il existe plusieurs types de blocages face au deuil : le deuil différé (on refuse de croire au décès), le deuil inhibé (aucune émotion ne ressort), le deuil chronique (il dure indéfiniment).


Parfois, la personne peut rester bloquée dans cette première phase de sidération pendant très longtemps, c’est ce qui l’empêche d’avancer dans le processus de deuil. Sylvie consulte car elle ne cesse de prendre du poids depuis le décès de son mari. Elle me raconte le choc du récit, les gendarmes, le maire qui viennent lui annoncer que son mari a été victime d'un accident de montagne. Elle me répète en boucle que c’est un alpiniste chevronné, un skieur expérimenté, le guide l’était aussi. C’est incompréhensible pour elle. Cette phase n’est sensée durer que quelques mois. Chez Sylvie, cela fait deux ans. Nous avons ici à faire à un cas de deuil différé. Elle me décrit son corps comme bloqué dans l’instant du récit. Elle est toujours perdue, elle avait encore tant de choses à dire à son mari. C’est à partir de cette demande que je l’accompagne. Elle a la croyance que l’hypnose peut lui permettre d’établir un contact, même symbolique. Et c’est dans ce sens que nous travaillons. L’hypnose peut aussi lui permettre de se sortir de cet instant de choc dans lequel elle est restée bloquée.




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